la société pollen - mon digest


Dany Cohn-Bendit et des économistes verts viennent de sortir un essai sur ce à quoi pourrait ressembler une société écologiste post-crise financière. Le concept fait mouche, - ou en tout cas il nous fait vibrer-, tant l’abeille est associée à un imaginaire positif. Pour résumer, ce n’est pas tant la production et le produit final qui compte, que le processus pour y parvenir. Les abeilles pollinisent les fleurs qu’elles visitent pour récupérer le pollen qui serviront ensuite à fabriquer le miel. Et c’est cette activité de pollinisation croisée, de fertilisation des plantes qui produiront les fruits, qui a une valeur beaucoup plus irremplaçable pour la nature que le miel lui-même.

La métaphore transposée à la société humaine donne à peu près ceci : les échanges, les interactions, le partage de la connaissance, l’enrichissement culturel croisé ont bien plus de valeur économique que la production de biens matériels. Une étudiante ne produit rien, mais -potentiellement- est investie dans de multiples projets : de recherche scientifique, culturel et associatif, qui la conduisent à échanger et s’enrichir par les autres, à générer de l’information et de l’innovation. Cette contribution de chacun à la pollinisation de la société devrait donc être rémunérée, par un « revenu d’existence ». Cela concernerait toutes les activités non productrices de biens ou de services marchands : activités associatives, bénévoles, artistiques, ou encore domestiques.

(sur la suite, pas convaincue) Cohn-Bendit considère que « pour pousser le raisonnement jusqu’au bout », (...) « l’impôt intelligent devrait donc frapper la circulation et non pas la consommation ». « L’idéal serait donc de taxer l’ensemble des transactions, même les plus insignifiantes comme celles qui passent par les retraits aux distributeurs de billets. » (...) Il donne aussi comme exemple le prélèvement de 0,1% de tout appel téléphonique. « Une sorte de “Taxe Tobin intérieure”, beaucoup plus pertinente que le modèle international qui exige au préalable qu’on en ait définitivement fini avec les paradis fiscaux. »

(en ce qui me concerne) Le concept est intéressant et donne un argument de plus au débat sur la réduction du temps de travail ‘productif’. Avec une reconnaissance de l’importance économique de cette pollinisation sociale, on pourrait aller vers une société où le temps libre n’est plus considéré comme oisif (de sa définition : « dont on ne fait rien »), mais au contraire utile pour la société. Les questions en suspens restent celles qui concernent la rémunération de ce temps libre : monnaie alternative ? taxation des ‘transactions’ comme le suggère Cohn-Bendit ?

Ceci dit, d’un point de vue économique, le prélèvement de l’impôt ne me semble pas répondre à la question de la génération de la richesse monétaire. Pour payer l’impôt, il faut bien avoir de l’argent, et d’où vient cet argent ? Il ne peut pas venir de ce revenu d’existence, lui-même financé par l’impôt (ça se mord la queue)...

©A-S Mérot



First written in : mars 2009 (modified: mars 2009)

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