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En attendant le 14e (en vingt ans) plan Marshall des banlieues de Fadela Amara, tentons de démêler une partie de la pelote de ce problème complexe. Pour en savoir plus: Emeutes urbaines Pour en savoir plus: Bilan économique et emploi des ZUS Publication d’un nième rapport officiel, celui de la Cour des comptes, qui à nouveau s’en prend à cette pelée et à cette galeuse qu’est la politique de la ville. Réactions. Pour en savoir plus: Des couleurs pour la ville ! cela suffira t-il ? | |
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L’exemple de Vélib à Paris :
Par MARIE PIQUEMAL LIBERATION QUOTIDIEN : mercredi 29 août 2007
"Je suis accro, je ne peux plus m’en passer », lâche Pascal, essoufflé par son dernier trajet à Vélib’. Un mois et demi déjà - précisément depuis le 15 juillet - qu’il pédale quasi tous les jours et à raison de plusieurs trajets quotidiens sur l’armada de vélos à la carte (10 000, bientôt 14 000) mise en place par la mairie de Paris et l’entreprise Decaux. Un original ce Pascal ? Non. Comme lui, 53 000 Parisiens se sont rués sur les abonnements à l’année. Et c’est sans compter ceux qui testent à la journée ou à la semaine. Total : deux millions de vélos loués en trente-neuf jours, près de 4 millions de kilomètres parcourus et déjà une vraie petite communauté de « vélibeurs » qui se déplace et qui papote aussi beaucoup. Dans les soirées et devant les bornes.

Sujet de prédilection : les ratés.
Au détour d’une rue, Moustafa, perché sur son deux-roues gris métallisé, se souvient de sa première expédition : « En sortant d’une soirée, il n’y avait plus de métro. J’enfourche donc un Vélib’. Jusque-là, très bien. Mais arrivé à destination, la station est pleine. Pas de place pour garer mon vélo. Commence alors l’enfer. Me voilà en train de tourner en rond à 4 heures du matin comme un con à la recherche d’une place introuvable. Le plus drôle, c’est que j’ai rencontré d’autres types dans ma situation... des copains de galère en quelque sorte. » Copains de galère, l’expression revient souvent. Comme les histoires de manque de places. Pas étonnant, quand on sait que les vélibeurs qui adorent descendre du nord de Paris vers le centre sont beaucoup moins nombreux à remonter. D’où des embouteillages dans le cœur de la capitale, place de la Bastille, par exemple.
« Tribu ».
Autre motif de grogne : les amendes infligées par des policiers manifestement soucieux de dresser d’emblée les vélibeurs. Douche froide, la semaine dernière pour Cyril. « J’ai pris 90 euros d’amende pour avoir brûlé un feu rouge boulevard Bonne-Nouvelle. C’était un piège à Vélib’, on était peut-être une dizaine, tous dans le même panier ! » Enfin, ça peste sec contre des bugs informatiques : genre la borne qui refuse obstinément de libérer la bicyclette alors qu’on a tout bien fait... Mais comme le résume Cyril, ces petits ennuis ça soude : « C’est un peu comme si on appartenait à une même tribu. » Avec déjà des anciens qui se chargent d’initier les petits nouveaux. Et il y a du boulot. « Il faut reconnaître que c’est mal expliqué », concède Anne, une « maniacovélibeuse », en prenant sa respiration pour son exposé bien rodé : « L’abonnement à la journée (1 euro) ou à l’année (29 euros) donne un droit d’accès à l’ensemble des Vélib’. Ensuite, seule la première demi-heure d’utilisation est gratuite. Cela dit, rien ne vous interdit de rouler vingt-huit minutes, de le reposer et puis d’en prendre un autre. Pigé ? » Pas si sûr. « L’autre soir, j’ai vu un homme qui rentrait un Vélib’ dans son garage ! » raconte Lionel. Plus étonnant encore, « le week-end dernier, j’en ai croisé un sur une route de province ! J’ai halluciné ».
A côté de ceux qui jouent les instits, certains en sont déjà à analyser, en attendant les vraies études de sociologues. Daniel Kenigsberg est comédien. Il observe avec une certaine fascination l’arrivée des vélos à la carte dans le quotidien des Parisiens. « Une culture Vélib’ est en train d’émerger. Il va falloir inventer des mots, des raccourcis de langage. Vous, par exemple, comment appelez-vous les adeptes du Vélib’ ? » Sur le Net, les expressions fusent déjà. En tête, les « vélibiens » côtoient « velib’istes » et « vélibeurs », suivis de près par les autres « vélibouseux » tout terrain. Et le mot est lâché : « vélibobos » ! Façon peu amène de moquer la foule - de loin la plus nombreuse - de jeunes cadres qui montrent tout leur dynamisme en allant travailler à Vélib’. Sans parler des noctambules qui rentrent de leurs soirées en vélo : un tiers de l’utilisation journalière des Vélib’ a lieu entre 22 heures et 2 heures du matin.
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