Lancer des actions
Comment lancer des campagnes, convaincre une bonne partie de l’opinion publique et gagner l’argument
Les principes relèvent du bon sens ; ils sont inspirés du site de Chris Rose, ancien directeur des programmes de Greenpeace et expert en ’actions’
Principe 1 : L’action est elle totalement justifiée ?
Une campagne est coûteuse en énergie humaine et en motivation. Elle demande l’adhésion totale des personnes durant toute la période de la campagne et pour une durée parfois indéterminée. Elle peut être tout sauf : facile, glamour ou stimulante. Toutes les voies alternatives doivent avoir été explorées pour qu’à la fin le constat soit que seule une campagne directe peut avoir un impact.
Principe 2 : Une action va droit au but
Elle n’essaie pas de convaincre mais de motiver. Elle utilise des arguments simples qui seront compris et perçus par le plus grand nombre.
C’est le principe fondamental d’une action directe : motiver le plus grand nombre pour le plus gros impact.
Pour cela, elle doit interpeler non pas les connaissances académiques, mais les acquis organiques ou viscéraux du plus grand nombre. La complexité démotive ; plus les enjeux sont compliqués et plus les gens auront tendance à décrocher. Alors alignez les étapes les unes derrière les autres comme une série de dominos, pour atteindre le but.
Principe 3 : Les forces en jeux
Quelles sont les opposants et les alliés potentiels de cette cause ?
Quels mécanismes gouvernent les processus étatiques/politiques capables d’infléchir la décision en cause ?
Il faut prendre le problème du point de vue opposé, et définir le point faible de l’interlocuteur clé ; l’image médiatique, des élections imminentes. Le danger est de se focaliser sur un tiers -visible- qui n’a en fait aucun pouvoir de changement.
Principe 4 : Comprendre son ennemi
Les dirigeants voient trois types d’associations militantes :
celles qui ne peuvent être ignorées car elles possèdent des informations précieuses et sont utilisées comme experts sur des sujets précis,
celles qui ne peuvent être ignorées car, de par leurs actions, peuvent causer pas mal de dégâts,
et puis celles qu’il ne faut pas ignorer par ’politesse’.
Sans correspondance et selon leur intérêt, la stratégie des dirigeants est donc d’utiliser les informations des uns, marginaliser les autres, et dédaigner le reste.
Principe 5 : Se nourrir du conflit
La défense d’une cause se fait forcément aux dépends des intérêts de quelques uns ; c’est une lutte contre un pouvoir opposé, sinon rien ne justifierait le branle-bas de combat pour la défendre.
Bien identifier le conflit permet de rendre la cause intéressante du point de vue de l’information et des médias, et ça c’est extrêmement utile pour l’aboutissement du conflit ; il s’agit de bien exposer les forces qui sont en jeux. Bien identifier un scandale est parfois la clé.
L’équation du scandale :
scandale = injustice X (ce qui peut être fait / ce qui est fait)X profit immoral qui en est fait.
Si quelqu’un fait profit d’une situation injuste, le scandale en est d’autant plus terrible..
Principe 6 : Se mettre à la hauteur de son auditoire
Voir le problème avec les yeux de ceux que nous sommes censés convaincre. Même si les raisons d’arrêter la construction d’une autoroute sont surtout globales, essayez de rassembler les gens sur ce qui les concernent : danger, plus d’asthme pour les enfants, destruction d’un paysage.
Les responsables locaux sont surtout anxieux de fluidifier le trafic. Sachez faire vibrer leur corde de décisionnaire important..
Principe 7 : Une action efficace est séquentielle
Elle comprend six jalons principaux :
identifier le problème,
identifier l’ennemi,
identifier la solution,
produire le mécanisme d’engagement en restant à la portée de son audience,
appeler à l’action pour tendre vers la phase finale,
satisfaction du problème résolu.
Principe 8 : Arrêtez de débattre, agissez
L’information dans les médias n’est pas basée sur des nouveaux concepts, sur des nouvelles idées ; mais sur des évènements.
Posez-vous la question tous les jours : que fait la campagne ? Est on en train de commencer quelque chose, de publier, bloquer, sauvegarder, occuper, de manifester, faire du lobbying ?
Trop souvent les mobilisations stagnent car les gens sont concentrés sur le passage d’information à d’autres qui sont eux-mêmes déjà convaincus. Les résultats les plus forts ont toujours été obtenus par des actions directes, surtout celles qui sont non-violentes et qui ont une base morale, scientifique ou économique.
Principe 9 : L’importance du verbe
Trouvez un slogan simple, qui s’ancrera facilement dans l’esprit des gens et qui n’aura pas -ou très peu- besoin d’explications pour indiquer de quoi il s’agit.
Principe 10 : L’impact de l’image
Si l’action ne peut pas être prise en photo, elle n’est pas ’réelle’.
N’est pas réel tout ce qui est ’réflexion’, ’développement de la prise de conscience’, ’travail sur la problématique’ ;
est réel : ’manif’, pétition’, ’enquête’, ’rencontres avec les élus’, ’accrocher des bannières’, ’s’attacher à un arbre’.
Encore une fois pour être médiatisée une campagne a besoin d’images, pour la télévision même plus que pour la presse ; il faut donc faire preuve d’imagination pour être capable de trouver l’image la plus frappante qui symbolisera la campagne.
First written in : juin 2005 (modified: février 2009)
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