Emeutes urbaines


Billet d’humeur

Quartiers sensibles, banlieues chaudes, population de jeunes écorchée vive, chacun y va de sa rhétorique presque charnelle pour décrire le problème français des zones urbaines sensibles. A en juger par le nombre de sigles (voir glossaire ) c’est aussi un problème qui préoccupe nos dirigeants et administratifs depuis un certain nombre d’années.

En attendant le 14e (en vingt ans) plan Marshall des banlieues de Fadela Amara, tentons de démêler une partie de la pelote de ce problème complexe.

Fadela Amara veut se focaliser sur 3 axes : emploi, désenclavement, réussite éducative. Le collectif AC le feu quant à lui, dès 2006, avait identifier plus de dix thématiques d’amélioration, les 5 premières étant, par ordre d’importance : l’emploi, les discriminations racistes, le logement & cadre de vie, la justice, les pratiques policières et l’insécurité

Depuis le début des années 90 date à laquelle la politique de la ville a été mise en œuvre pour remédier aux problèmes urbains, bien des choses ont été identifiées. Les raisons du mal-être et avoir sont complexes, nombreuses et évoluent avec les modèles socio-économiques contemporains véhiculés notamment par les médias.

Pour bien agir il s’agit d’abord de bien comprendre les problèmes

- Chômage

Constat

La lutte contre la chômage ne doit pas -paradoxalement- se focaliser sur la lutte pour l’emploi. Pour preuve, le bilan de la politique économique sur les Zones Franches Urbaines (ZFU) qui vise, par le biais d’incitations financières, à augmenter le taux d’implantation d’entreprises dans ces zones.

Propositions

La lutte contre le taux de chômage doit spécifiquement intégrer :

Une lutte active contre les discriminations (voir plus bas). Si une personne peut prouver -facilement- qu’en changeant son nom à consonance étrangère en un nom plus "français", l’attitude du receveur de la requête change (logement ou emploi), alors la personne qui s’estime lésée doit pouvoir trouver rapidement de l’aide qui aboutira éventuellement à la sanction de cette discrimination

Une offre diversifiée de transports : les habitants de ces quartiers ont d’autant plus besoin de transports en commun qu’ils n’ont pas toujours les moyens d’acheter une première ou deuxième voiture. Le maintien ou la création de lignes de bus, à horaires fréquents, rejoignant rapidement les gares de tram ou de RER. Des agences ou associations municipales d’auto-partage (comme cela fonctionne dans des éco-quartiers tel que BedZed), du co-voiturage efficace, pour désenclaver le quartier.

Un effort continu en termes d’offre d’éducation et de formations qualifiantes pour pouvoir s’adapter rapidement au marché du travail.

- Discriminations

Constat

Un certain nombre de constats et recommandations ont déjà été rapportés dans l’article citant le rapport du collectif AC le Feu

Propositions

La lutte contre les discriminations doit être décentralisée au niveau des communes, comme pour la promotion de l’égalité hommes-femmes. La municipalité doit offrir un service juridique accessible, performant et apte à répondre à chaque plainte.

- Cadre de vie et dé-ghettoïsation

Constat

Le constat ne porte pas sur l’échec de la politique de la ville ; en effet les sociologues spécialistes de la question ne sont pas unanimes quant aux effets négatifs de la rénovation urbaine -heureusement !- .

Le cadre de vie influe sur le comportement des habitants comme un cercle vicieux : on ne prend pas soin d’un endroit déjà dégradé. Les gens ont plus souvent l’espoir de sortir du quartier plutôt que de le voir changer. Tout le monde n’a pas les moyens de devenir propriétaire de son chez-soi. La tendance naturelle étant de mieux prendre soin du cadre de sa propriété, même modeste, la concentration de logements sociaux a tendance à rendre l’environnement de ces quartiers plus dégradé.

Propositions

Politique de répartition des logements sociaux sur toute la ville, pour atteindre une micro-mixité dans les immeubles, et dans le quartier.

Ouvrir le quartier sur la ville, en réhabilitant "la rue et les trottoirs" qui permettent de traverser le quartier au lieu de le contourner, d’y installer des services (commerces, loisirs etc) attractifs pour toute la population, pour renverser la "logique urbaine introvertie" des quartiers, faits de parkings, de places dallées, de cheminement piétons entre immeubles (voir la rue est à tous, et l’article sur les fêtes de rue

- Rapport conflictuel avec la police

Constat

Basé sur l’émission "les matins" de France Culture du mercredi 28 novembre 2007 : Sébastian Roché "Les socialistes n’ont pas réussi à mettre en place de manière convaincante la police de proximité. Sarkozy a ensuite expliqué en 2002 que le choix de la gauche de mettre de la police de proximité était un mauvais choix. A partir de 2002 il y a eu un clivage gauche-droite sur la question de la police de proximité, qui reste une bonne idée si elle est bien mise en œuvre.

La droite associe la police de proximité à une police molle et inefficace. La police actuelle qui est une police offensive, et qui est de faire de la quantité plutôt que de la qualité a été mise en place par des gens très influents par exemple Claude Guéant, ancien directeur général de la police nationale et actuel conseiller de l’Elysée.

Dans les autres pays la police est régionale ou municipale, donc il peut y avoir des innovations locales importantes. Il y a plusieurs types de police : celle des renseignements, judiciaire, du maintien de l’ordre ; la police communautaire a toute sa place. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, deux grands pays qui ont été confrontés à ds problèmes d’émeutes urbaines, on a créé ce type de police."

Propositions

Ramener la police dans les quartiers, la police de proximité formée à la médiation et à la surveillance générale, utile pour régler les problèmes de voisinage ou de bande. Celle-ci aura tendance à être naturellement mieux à même de détecter la présence d’armes à feux dans le quartier

Pour rétablir le lien sociologique entre les fonctionnaires de police et la population des quartiers, intégrer l’expérience de vie dans ces quartiers comme un atout pour l’intégration dans une équipe de police ou de médiation de proximité

- Egalité des chances

Constat

Les ressentiments contre l’institution de l’éducation nationale sont nombreuses, et tendent à converger vers le sentiment que l’école, au mieux maintient les prédestinations sociales, au pire les renforcent.

Pourtant, ces récriminations ne sont pas restés lettre morte ; les Zones d’Education Prioritaire ont été initiées dès 1981 et, plus récemment, suite aux émeutes urbaines de l’automne 2005, c’est le dispositif de réussite éducatif

Propositions

Doter les associations de parents de budgets significatifs, revus annuellement sur la base des résultats des politiques mises en oeuvre dans le quartier. Cela permet de soutenir l’innovation locale, et de promouvoir notamment l’action des femmes sur le terrain.

- Nihilisme

Constat

Selon le rapport des RG, le mouvement d’émeutes de Novembre 2005 "s’apparente à une "insurrection non organisée avec l’émergence dans le temps et l’espace d’une révolte populaire des cités, sans leader et sans proposition de programme"

“Aucune solidarité n’a été observée entre les cités”, les jeunes s’identifiant “par leur appartenance à leur quartier d’origine et ne se reconnaiss(ant) pas dans ceux d’autres communes”. Les policiers affirment qu’“aucune manipulation n’a été décelée permettant d’accréditer la thèse d’un soulèvement généralisé et organisé”. Ainsi, les islamistes n’auraient joué “aucun rôle dans le déclenchement des violences et dans leur expansion”. Ils auraient au contraire eu “tout intérêt à un retour rapide au calme pour éviter les amalgames”. L’extrême gauche, de son côté, “n’a pas vu venir le coup et fulmine de ne pas avoir été à l’origine d’un tel mouvement”.

Les policiers assurent par ailleurs que “les jeunes des cités étaient habités d’un fort sentiment identitaire ne reposant pas uniquement sur leur origine ethnique ou géographique, mais sur leur condition sociale d’exclus de la société française”. Ils précisent que “les jeunes des quartiers sensibles se sentent pénalisés par leur pauvreté, la couleur de leur peau et leurs noms. Ceux qui ont saccagé les cités avaient en commun l’absence de perspectives et d’investissement par le travail dans la société française”.

“Tout s’est passé comme si la confiance envers les institutions, mais aussi le secteur privé, source de convoitises, d’emplois et d’intégration économique, avait été perdue”.

Propositions

All of the above



First written in : décembre 2007 (modified: décembre 2007)

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